REVISION DE LA CONVENTION D'OBJECTIFS 2023-2028 AVEC EAU DU GRAND LYON
Monsieur le Président, chers collègues,
Quelques mots sur cette délibération.
Parce qu’elle clôt, quelque part, le chapitre de l’installation et de la mise en place de cette régie -dont certains nous disait que c’était impossible ne vous en déplaise elle est là-, autant qu’elle en ouvre un autre. Parce que cette délibération est loin d’être seulement technique mais parce qu’elle vient, au fond, parachever une vision politique : une vision consciente de ce que signifie faire société autour d’un bien commun aussi essentiel que l’eau.
Cette vision nous l’avons inscrite dans le réel. Nous la devons à un travail collectif, conduit avec constance et exigence, sous la houlette d’Anne Grosperrin, et porté par des équipes, des élus, des agents, des citoyennes et des citoyens qui ont fait et font de l’eau potable non pas un service comme un autre, mais un droit fondamental à garantir.
Avant d’aller plus loin, un mot chagrin. Cette délibération aurait dû être examinée conjointement avec une autre : le Diagnostic Territorial d’Accès à l’Eau, auquel cette convention révisée renvoie explicitement. Un document cadre, préparé par un travail collectif conséquent pour nous permettre de rester à l’avant-garde de notre action en faveur du droit à l’eau et de notre feuille de route ambitieuse, nourrie d’expérimentations que nous avons menées ensemble sur ce sujet depuis 2020. Son vote aurait permis de rester à cette avant-garde, répondre aux obligations réglementaires de l’ordonnance et de son décret d’application de décembre 2022 relatif à l’amélioration des conditions d’accès de toutes et tous à l’eau destinée à la consommation humaine, conforter l’assise de la convention que nous délibérons ici.
Je regrette donc ce report. Mais je sais aussi que, collectivement, nous saurons en tirer parti. Et je veux ici remercier l’ensemble de la communauté du droit à l’eau — associations, agents, élus, habitants mobilisés — qui a permis à ce travail d’exister et que nous poursuivrons.
Revenons-en à cette convention d’objectifs.
Elle marque symboliquement la fin du chapitre de la mise en place de la régie, de sa phase d’installation. Une phase décisive, exigeante, souvent contestée, mais menée à bien, et je crois aujourd’hui reconnu de tous. Elle ouvre désormais celui de la conduite pleine et entière de notre action publique, dans l’ambition politique de faire du service public de l’eau potable : notre commun social.
Celui où le temps de la seule logique de contrôle gestionnaire se referme pour ouvrir celle de la coopération de service public à service public dans toute la chaîne de création de valeur :
- de la maîtrise technique désormais patrimoine commun public libéré de son accaparement privé,
- à la co-gestion citoyenne et locale démocratique,
- d’une vision systémique des captages à l’amont, à l’usager à l’aval qui a cessé d’être un client pour devenir celui de titulaire d’un droit.
Alors ? vous me ferez le procès de l’idéologie, comme à peu près depuis le début de ce mandat et de cette séance. Permettez-moi une parenthèse.
Puisque nous sommes au dernier conseil métropolitain public de ce mandat, je veux partager ce qui m’a le plus marqué comme élu qui s’apprête à perdre son suffixe de premier mandat. Ce qui m’a le plus marqué, ce qui m’a frappé, chers Gilles Gascon, cher Véronique Sarselli, c’est à quel point le mot « idéologie » et le mot « politique » était un gros mot pour vous…. Mais alors, pardonnez-moi, qu’est-ce que vous faite là ? Toute vision du monde est idéologique. Expliquez-nous-en quoi, votre vision du monde ne repose pas sur un système d’idées ou de croyances ? La différence, c’est que la nôtre est assumée : elle place le droit, la souveraineté démocratique et l’intérêt général au centre. Là où la vôtre placent le tout marché, la rentabilité et la mise à distance des décisions. Peut-être que vous en avez trop honte pour l’assumer donc vous chercher à tout prix à la masquer derrière une soi-disant neutralité prétendre à vous seul la vérité, être le dépositaire du neutre et finalement être à vous seul ce que nous reprochez depuis le début du mandat.
Mais bref, revenons-en à ce qui nous occupe. Ce que cette révision démontre très concrètement, c’est que la logique du tout marché pour tous les aspects de notre vie assèche l’ambition politique, éloigne les décisions du contrôle démocratique et réduit l’action publique à une simple logique de contrôle.
À l’inverse, cette convention repose sur des engagements réciproques, et je pense que nous aurions dû la nommer ainsi ; pour un pilotage affiné, une coopération réelle entre l’autorité politique et la régie, une coopération de service public à service public. Elle repose sur une communauté de travail, sur la connaissance du terrain, sur la confiance et sur la responsabilité partagée — et non sur des audits hors sol ou des recettes toutes faites importées de cabinets de conseil qui semble être la formule magique de votre nouveau sorcier métropolitian : auditum revelio, consultus maximus mackinsey ! Et tout est résolu !
Cette convention, c’est notre convention. Elle contient – des indicateurs, oui, nécessaires ; – des données, oui, utiles ; – mais jamais comme une fin en soi.
Gouverner par la connaissance, oui.
Être prisonnier des indicateurs, non. Ce texte articule le quantitatif et le qualitatif, la performance et le sens, la rigueur et l’ambition politique. Notre logique politique est celle qui permet le dé-silotage, la transversalité si souvent attendu et nécessaire pour se saisir des objets politique complexe. Celui du droit un eau et de l’eau pour tous en est un exemple fort : communes, logement, solidarité, régie publique, hospitalité.
Je terminerai par un mot de reconnaissance.
Aux équipes de la régie, que je croise à Rillieux-la-Pape, à Organdi, Crépieux Charmy et Croix Luizet ou sur le terrain.
Aux agents de la Métropole, rue du Lac et ailleurs.
Aux élus, de toutes sensibilités, qui ont pris leur part de ce travail.
Cette convention est le fruit d’un chemin collectif.
Pour toutes ces raisons, nous voterons cette délibération, avec la conviction que l’eau restera ici un bien commun, un droit et une politique publique pleinement assumée.
Je vous remercie.
