Chers collègues, nous nous félicitons que la Métropole de Lyon rejoigne ce réseau des villes et territoires sans perturbateurs endocriniens. Mais ce n’est pas de bisphénol A dont je veux vous parler aujourd’hui, interdit en 2015 pour ses effets inquiétants.



Ce dont je veux vous parler aujourd’hui, c’est du 17 à-éthinyl_estradiol, communément appelé l’EE2. Une molécule mille fois plus puissante que le bisphénol A, et surtout qui traverse bien plus la barrière placentaire et encéphalique. Elle est pourtant consommée tous les jours par plusieurs millions de personnes en France. Je veux parler de la pilule oestroprogestative dont elle est le principal composant. Ainsi, la pilule répond précisément à la définition de ce que l’on appelle un perturbateur endocrinien, inventée pour perturber volontairement le cycle féminin via l’apport d’hormones synthétiques. Un état de fait qui reste encore extrêmement tabou.

Et pour cause. Je crois que ça nous arrange bien nous, les hommes, de ne pas le voir. À quel moment on a pu imaginer cependant que les femmes, elles, avaient fait complètement le choix de porter seules cette pilule hormonale ? Qu’elles s’exposent volontairement à tous ses effets secondaires, et ses risques ? Nausées, vomissements, AVC, 2 529 thrombo-embolies et 20 décès prématurés en 2016.

Chers collègues de l’opposition, vous qui semblez être pris d’urticaire aux termes de “domination masculine” et de “patriarcat”, vous en avez là un révélateur imparable. Sinon, comment expliquez-vous ?

– Comment et pourquoi ce sont les femmes qui sont amenées à supporter seules cette charge mentale et hormonale depuis 1967 ?

– Expliquez-moi, comment et pourquoi la pilule masculine n’a jamais vu le jour alors que son inventeur avait aussi montré son efficacité sur les hommes dès 1950 ?

– De quoi ce gouffre immense dans l’égalité femme-homme est-il le nom ?

Si vous pensiez que le patriarcat était une invention, voilà ! C’est ça que ça désigne : une domination systémique qui fait porter des charges à d’autres que soi. À l’opposé de la devise républicaine ” Liberté, égalité fraternité”.

Prendre notre part : la contraception masculine.

Alors, mes amis, devant ce constat, c’est le moment de parler de contraception masculine ! Prendre notre part, y réfléchir au moins, pour avancer avec humilité vers cette égalité dans les droits, mais aussi dans les charges. Cette question, si peu portée dans nos espaces institutionnels, est bien politique comme je viens de vous le présenter. Et parce que comme le dit Lydiee Porée, référente sur la question au planning familial : « Chaque jour en informant sur la contraception masculine on fait bouger ce système injuste. », je souhaitais, j’avais le devoir même je crois, de le faire à l’occasion de la délibération d’aujourd’hui.

Car oui, oui il existe des méthodes contraceptives, et non hormonales, pour les hommes. La contraception thermique par exemple, dont toutes les expérimentations ont montré l’efficacité mais qui n’a jamais pu être commercialisée, car il faudrait une étude de 900 000 euros pour l’officialiser. Ce n’est pas faute d’avoir tenté. Son principal défenseur, le docteur Roger Mieusset, dépose chaque année depuis 2011 un projet de recherche, systématiquement refusé. Maxime Labrit, qui en a proposé des variantes, rencontre les mêmes obstacles dans l’accès aux financements et dans les réticences de nous autres.Pour joindre la parole aux actes, d’ailleurs, j’adresse une proposition à Mme. La Vice-Présidente Michèle Picard, d’étudier sous quelles modalités l’on pourrait contribuer à cette recherche d’intérêt général avec les autres membres de ce réseau. La vasectomie est une voie aussi, taboue chez nous en France, mais largement pratiquée outre-Atlantique et outre-Manche. Alors avant de se délecter des titres de vos amis de Lyon People qui pourront peut être de nouveau caricaturer : « Après la viande, le tour de France, les sapins, l’eau des piscines, ils veulent nous prendre nos spermatozoïdes » si juste avant ça cela aura permis de réfléchir à la question de la charge que nous les hommes faisons peser à nos homologues féminins, ça sera un pas.

La contraception, un symbole du patriarcat

Ça vous bouscule? Moi aussi. Se rendre compte que cette charge, ces questions, ces angoisses, ces « sommes-nous prêts à ? » nous l’avons fait porter seuls aux femmes. Tout cela vous bouscule ? Moi aussi. Rassurez-vous, vous rentrez juste dans la conscientisation des systèmes de domination.

Voilà, mes chers collègues. Nous avons hérité de ce système et c’est donc bien une invitation à déconstruire les rapports sociaux de ce patriarcat hérité à laquelle je nous invite. Le prisme de la contraception en est un parmi d’autres. À ce titre, je ne saurais que trop vous conseiller l’excellent ouvrage à ce sujet, écrit par Guillaume Dauin et Stéphane Jourdain de l’Agence France-Presse, et mis en image par Caroline Lee, Les contraceptés.